Pass Interrail pour le voyage en train + vélo : des galères à gogo

Interrail Logo (PRNewsFoto/Eurail Group G.I.E.)

Retour à l’été 2022 avec Victoire et ses tribulations en train + vélo à travers l’Europe pour un voyage haut en émotions et en frissons grâce ou plutôt à cause du …passe Interrail ! L’article qui suit vous donne les bons conseils de notre amie cycliste pour éviter les mauvaises surprises.

Je m’appelle Victoire Goust ; cycliste enthousiaste, je pratique l’itinérance à vélo en France depuis 2016. Par ailleurs, j’adore voyager en train en Europe : voilà plusieurs années que je rêvais d’entreprendre un jour un tour d’Europe en train, avec le pass Interrail.

English version of this article here.

Aussi, lorsqu’au printemps 2022, j’ai commencé élaborer le projet d’un grand voyage estival en train + vélo de 5300 km en Europe, cela m’est apparu comme l’occasion idéale pour expérimenter le pass Interrail. 2022 étant justement l’année des 50 ans du dispositif Interrail, le pass continu 1 mois bénéficiait d’une promotion à -50%. Ravie de rejoindre la communauté Interrail, j’ai vite installé l’application Rail Planner sur mon téléphone pour planifier mon itinéraire.

Facile d’utilisation, l’appli permet de créer un itinéraire et de rechercher les trajets à y inclure, à condition qu’ils soient éligibles au programme Interrail (en effet, même si la majorité des trains européens, y compris à grande vitesse, sont éligibles au pass, tous ne le sont pas : il est donc judicieux de vérifier pour éviter l’amende une fois à bord !). Pour chaque trajet figurent les horaires possibles chaque jour, et les arrêts sur le trajet avec leurs horaires ; de plus, selon le type de train, il est indiqué s’il est nécessaire ou possible de réserver son siège : bref, tout le nécessaire pour embarquer sereinement.

Tout le nécessaire… si l’on voyage à pied : en effet, aucune information n’est disponible sur l’appli ou sur le site Interrail concernant la possibilité d’emporter des vélos à bord des trains choisis. N’est donc pas non plus indiquée la tarification supplémentaire applicable à l’emport de vélos. Or, celle-ci varie selon le pays, le type de train (train régional, train longue distance, train à grande vitesse), et même la région ! Plusieurs tarifs vélo peuvent même se cumuler : par exemple, en Allemagne ou en Suisse, il faut se munir d’une carte vélo journalière + réserver un emplacement vélo sur les IC.

Pour chacun des 27 trajets en train de mon itinéraire, il m’a donc fallu regarder quels étaient les tarifs vélo applicables. Ceci était particulièrement compliqué pour les trajets transfrontaliers : les compagnies des deux pays concernés n’affichaient pas toujours les mêmes informations. De plus, les réservations vélo n’étaient possibles en ligne que si combinées à l’achat d’un billet passager : non applicable, donc, pour les titulaires du pass Interrail qui ont déjà leur billet.

Devant cette montagne de difficultés, j’ai failli résilier mon pass Interrail, afin de pouvoir commander en ligne des billets classiques passager + vélo. J’ai tout de même choisi de persévérer, afin de pouvoir donner le présent retour d’expérience, pour ainsi apporter ma pierre à l’amélioration de l’emport de vélos pour les bénéficiaires du pass Interrail.

J’ai donc dû utiliser les moyens suivants pour réserver l’emplacement vélo/le billet vélo journalier dans les différents pays :

  • France : 1 mois avant, au guichet SNCF en gare (pour les réservations vélo obligatoires sur les TGV -10€ – et le TER BreizhGo – 1€ l’été) ;
  • Belgique : le jour même, au guichet SNCB en gare, pour le supplément vélo  à 4€ sur le trajet Intercity Oostende-Antwerpen Berchem ;
  • Pays-Bas : 1 mois avant, réservation de billets vélo électroniques au téléphone pendant 30 minutes en anglais avec le service clients NS International, pour le trajet Intercity Antwerpen Berchem – Breda à réservation vélo obligatoire ;
  • Allemagne : 1 mois avant, au téléphone pendant 45 min en allemand avec le service clients de la Deutsche Bahn, pour l’achat des billets vélo journaliers régionaux à 7€ + des réservations vélo obligatoires dans les IC et ICE, au format papier par la Poste (!). Deux jours avant mon départ, je n’avais toujours rien reçu ; j’ai donc rappelé la DB, qui m’a appris que j’allais recevoir les billets à domicile 2 jours avant la date de départ du premier train réservé. J’ai dit que je serai alors déjà en voyage à cette date : l’interlocutrice m’a donc permis de retirer mes réservations dans un guichet, quand j’arriverai en Allemagne… 
  • Suède : le jour même, sur l’automate, pour le billet vélo à 39 DKK sur l’Øresundtåg Malmö-Copenhague
  • Danemark : après de multiples échecs pour réserver l’emplacement vélo Copenhague-Hambourg au téléphone un mois à l’avance (après 15 minutes d’attente, le téléphone raccrochait), j’ai pu réserver les emplacements vélo seulement la veille de mon trajet, une fois arrivée à Copenhague : en effet, seuls 2 guichets dans le pays permettaient de réserver les emplacements vélo, donc un à la gare centrale de Copenhague. Le direct Copenhague-Hambourg étant déjà complet, la guichetière a dû chercher pendant 45 minutes les combinaisons de trains compatibles vélo possibles, et m’a réprimandée de ne pas avoir anticipé davantage (!).
  • Suisse : le jour même, au guichet, pour la carte vélo journalière à 14 CHF.

Au final, j’ai voyagé en règle sur mes 27 trajets en train, et j’ai pu économiser environ 300€ au global grâce au pass Interrail à moitié prix. Mais ceci n’a été possible qu’au prix de beaucoup de stress et d’un gros travail amont de défrichage, hors de portée si l’on ne parle pas bien anglais ou allemand.

A la lumière de cette expérience, je déconseille donc le pass Interrail aux voyageurs à vélo : en effet il est déjà assez compliqué de comprendre les différences de tarification train + vélo suivant les pays et régions, pour s’embarrasser de surcroît avec les réservations au guichet ou par téléphone. Tant que l’appli Rail Planner ne permettra pas de réserver directement des emplacements vélo et cartes journalières vélo, le pass Interrail n’aura d’intérêt que pour les voyageurs à pied.

Pour terminer sur une note plus positive, malgré ces galères administratives, ce voyage estival à vélo et train (+ bus, ferry, tram) en Europe a été une aventure extraordinaire. Des moyens de transport très complémentaires pour appréhender notre beau continent : d’un côté effort physique, lenteur et dénivelés à grimper ; de l’autre repos, vitesse et contemplation des paysages qui défilent. Longue vie à l’intermodalité !

 

Un avis sur “1”

  1. Bonjour,
    Nous sommes une asso qui organise tous les ans une soirée velo voyage à Saintes en Charente Maritime.
    Seriez vous intéressée pour venir nous raconter vos aventures avec un film ou des photos ?
    On pourrait en tous les cas échanger au téléphone…
    Bien cordialement et merci pour votre article.
    E. Carpenito

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