Retour culturel sur la randonnée de CycloTransEurope, 2019

Remonter la Seine de son embouchure à sa source, et au delà 

La Randonnée a commencé au Havre le 13 juillet. Très bombardée, la ville a été reconstruite selon les plans de l’architecte Auguste Perret, parfois admirés, mais parfois aussi critiqués.
Un des sites remarqués de la ville est le Musée d’art moderne, première des Maisons de la culture d’André Malraux, avec le nom de Porte océane, face à l’horizon d’où vont émerger les bateaux venus du large.
Le port a été créé par François 1er, face à celui de Honfleur, de l’autre côté de l’estuaire, célèbre ce dernier par ses hautes maisons serrées les unes contre les autres, formant un décor pittoresque. Il a été abandonné, car il manquait de profondeur. Mais c’est de Honfleur qu’est parti Samuel Champlain en 1607 pour explorer le Canada et fonder Québec en 1608 ; nous le visiterons le lendemain.
En amont du Havre s’étend une vaste zone industrielle de dépôts et usines, dont les unités saillantes sont la raffinerie Total, et l’usine Renault de Sandouville. Nous traversons la Seine sur le pont de Normandie emprunté par l’autoroute A 29, un pont à haubans dont l’arche centrale a 824 m. de long. Mais nous ne nous attardons pas, et traversons les prairies verdoyantes du pays d’Auge, vers Pont-Audemer, sur la petite rivière la Risle, où nous passons la nuit.

Le lendemain, nous traversons à nouveau la Seine, sur un bac, face à la célèbre et romantique abbaye de Jumièges, en ruines, où des princes rebelles, aux temps mérovingiens, soumis à des tortures et placés sur un bateau, avaient fini par échouer (les « énervés de Jumièges »). Plus en aval, très large, remontée par la marée et le mascaret, nous avions vu Villequier, où s’était noyée la fille de Victor Hugo, lui inspirant des vers célèbres. Bientôt nous approchons de Rouen, la grande et ancienne capitale de la Normandie, concédée toute entière aux Vikings venus du Nord par le roi d’alors, en 911, pour les sédentariser et leur faire cesser leurs pillages. La journée s’achève à Barentin, un faubourg industriel, aux bords de profondes vallées très peuplées.

Le 15 juillet, nous visitons Rouen, sur la rive droite, son ancien et élégant palais de justice, le Gros Horloge, la cathédrale et les très belles églises, la place du Marché où Jeanne d’Arc a été brûlée. Les cyclistes s’intéressent à Jacques Anquetil, quintuple vainqueur du Tour de France, mais aussi au nouveau pont pouvant s’élever à près de 60 mètres de hauteur pour laisser passer une fois par an les plus grands voiliers du monde. A l’intérieur de la vaste boucle que fait le fleuve, de nombreux logements, et beaucoup de dépôts et d’usines.

L’étape suivante nous fait rejoindre Vernon, mais non sans avoir deviné une nouvelle boucle de la Seine, autour de Les Andelys, dominé par le célèbre Château Gaillard, qui marquait la limite de la France et de la Normandie, enlevé après une rude bataille par Philippe Auguste ; et un peu plus loin le château de Gaillon propriété des anciens archevêques de Rouen, remodelé au goût de la Renaissance italienne. Vernon, ramassée au bord de la Seine, n’est pas très éloignée de Giverny, où Claude Monet, le premier des impressionnistes, peignait ses nénuphars.

Le jour suivant, sans entrer dans la vaste boucle dominée par les ruines du château de La Roche Guyon et le coteau de Vétheuil célébré par plusieurs poètes, la rando évite le centre urbain assez important de Mantes, d’où la voie ferrée de Caen et Cherbourg s’écarte de celle de Rouen, et restant sur la rive droite, plus escarpée, rejoint Meulan. Enfin ce sera Paris, et un jour de repos ou d’activités diverses.

A Paris, la rando rejoint l’itinéraire de l’Ev3, allant de la Norvège à l’Espagne, dont l’aménagement en France est la mission majeure de CycloTransEurope, qui sera suivi jusqu’au pont de Champagne-sur-seine, Saint-Mammès et Moret-sur-Loing.
Ce passage, bien connu des cyclistes de CTE, se fait tantôt sur la rive droite de la Seine, jusqu’au confluent de la Marne – mais le long de la bruyante autoroute A4 – puis sur sa rive gauche. Entre Choisy-le-roi et Villeneuve-le-roi, l’itinéraire, bien défini, n’est pas encore vraiment aménagé. L’écluse d’Ablon n’étant pas encore aménagée pour les cyclistes, comme elle le devrait, il a fallu emprunter le pont très chargé qui a mené à Villeneuve St Georges et à Vigneux, rejoignant la véloroute existante jusqu’à Draveil et presque Corbeil-Essonnes.

Le 20 juillet, l’étape suivante s’est faite à peu près toute entière sur la rive gauche, correspondant le plus souvent à l’ancien chemin de halage, y compris pour traverser Melun sous ses ponts – en vue de sa célèbre prison, évoquée dans la chanson de la Légion étrangère, située au bout de l’île de Melun.

Le 21 juillet, la rando, après avoir longé sa forêt, quitte Fontainebleau-Avon et la Seine par le pont de Valvins,, pour rejoindre Provins, ville ancienne, en passant par Donnemarie-en-montois. Puis par une longue étape, en passant par Bray-sur-Seine et son plat pays parfois inondé, elle a rejoint Romilly-sur-Seine dans le département de l’Aube, qui a quelques industries (c’était le 23 juillet, le début de la canicule).

Le lendemain, ce fut Troyes en Champagne, une des villes françaises comptant encore aujourd’hui le plus de maisons du Moyen âge en bois souvent sculpté.
A proximité de Troyes, il y a plusieurs lacs, dont le vaste lac d’Orient, avec ses plages aménagées, réserves d’eau servant à ralentir les inondations et protéger Paris. Il y a aussi, un peu plus loin, près de Brienne, le site de l’ancienne École militaire, d’où Napoléon est sorti officier d’artillerie.

Le petit centre de Les Riceys, atteint le 25 juillet a quelques vignobles, qui ont le droit au titre de champagne, sans faire partie de la grande région productrice. Châtillon sur Seine est une jolie petite ville, proche du lieu considéré comme la source de la Seine (que comme la Saône, les Romains appelaient Sequana).
Il est à noter, puisque nous sommes à son début, que le débit de la Seine à Paris est estimé à environ 300 m3 par seconde, avec sans doute, compte tenu de l’apport de l’Oise, de l’Andelle, de l’Eure et de quelques autres petites rivières, une ou deux centaines de plus à proximité de son embouchure – loin toutefois des chiffres atteints par le Rhône ou le Rhin aux points correspondants (environ 1830 et 2200 m3 respectivement).

Après une nuit passée à Baigneux les Juifs – dont on dit que le nom témoigne de l’autorisation donnée autrefois à l’installation d’une petite colonie – c’est Dijon, capitale de l’ancien duché de Bourgogne, avec un riche musée et des sculptures célèbres. Nous laissons de côté la Côte d’or, limite des collines du Morvan où, face à la vaste plaine, de Dijon à Beaune, s’alignent les villages dont les noms sont ceux des plus grands crus du vin de Bourgogne.

La Saône est atteinte et traversée à Gray. Puis nous roulons vers Vesoul, chef-lieu du département de la Haute-Saône, où il y a aujourd’hui une usine Peugeot, mais dont il n’est pas sûr que les habitants aient apprécié que figure son nom dans une chanson de Jacques Brel.

Après Lure, il y a la chapelle de Ronchamp, aux rondeurs inhabituelles, tenue pour le chef d’œuvre de l’architecte Le Corbusier. Puis c’est Belfort, commandant l’entrée de la plaine d’Alsace, avec son énorme lion de pierre célébrant l’héroïque défense de la ville en 1871, dont le nom est souvent entendu de nos jours à propos de ses difficultés ou projets industriels (Alcatel et Alstom en sont issus).

L’avant dernière étape est celle de la grande ville industrielle de Mulhouse (la ville des moulins en alsacien), longtemps centre de l’activité du coton.

Puis le lendemain, 3 août, c’est aux portes de la France et de l’Allemagne, en territoire suisse, à un majestueux coude du Rhin, la grande ville de Bâle. Des conciles de l’Église catholique y ont été célébrés autrefois. L’humaniste le plus célèbre de la Renaissance, Érasme, né à Rotterdam, est venu ensuite à Bâle, prêchant une religion de tolérance, et y est mort. Des peintres, comme Dürer, y ont aussi un moment vécu. Aujourd’hui Bâle, Basel en allemand, est une ville dont l’opulence est frappante. Il s’agit en effet du plus grand centre européen de recherche pharmaceutique (Novartis, Hofmann-La Roche), et également d’un centre financier (Banque des règlements internationaux).
Après un tour de la ville, c’est la fin de la rando. Les adieux se font, avec encore le souvenir dans les mollets des coups de pédales donnés !

> Consultez la page de la rando 2019 « La vallée de la Seine à vélo, de la mer à la source à la Suisse ».

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